Karim fit son entrée à la cour d’assises de Loire-Atlantique, au matin du 19 décembre 1985, à 10 h 30 précises, conformément à son engagement antérieur. Ce qu’il est convenu d’appeler « l’affaire de la prise d’otages de Nantes » allait commencer. Au fil des heures, elle permit de développer un dialogue et un échange mutuels, entre les « preneurs » et les « pris », de chasser la peur et vaincre l’incrédulité pour les remplacer par une sérénité et une compréhension, inimaginables au sein même d’une institution telle que la justice. Dans ce climat, « l’opération » put se dérouler sans vindicte particulière, ni d’un côté ni de l’autre, et nul ne pensa jamais qu’elle eût pu dégénérer. Notre reddition était conditionnée aux engagements pris par les autorités : Patrick Thiolet et moi-même restions en prison, Karim Khalki restait libre. En guise de liberté, il croupit dans les geôles françaises du jour de cette promesse à aujourd’hui, soit depuis 13 longues années...
Le 15 mars dernier,  Karim a entamé une seconde grève de la  faim. Il mènera cette action à son terme,  pour le cas où les parjures se refuseraient à revenir sur leurs mensonges éhontés. C’est pour qu’il ne soit pas conduit à une telle extrémité qu’existe le présent document soumis à votre attention.
Je le proclame haut et fort : Karim Khalki vient d’être condamné à mort par l’État français pour la seconde fois. Il réchappa de la première, mais ne reculera pas devant la seconde et chacun devra alors assumer ses responsabilités.
Karim vivra libre ou mourra prisonnier du mensonge, et de la rancune tenace des petits juges comme de celle des grands.

Georges Courtois, mars 1999